Après ses propos sur la colonisation française de l’Algérie, qui ont suscité la polémique au sein de la classe politique en France, Emmanuel Macron est revenu pour s’expliquer sur ses déclarations.

En effet, dans une vidéo publiée ce jeudi sur sa page Facebook, le candidat à l’élection présidentielle française a déclaré qu’il était « temps de clôturer ce deuil », en référence à la période de la guerre d’Algérie, qui continue encore de susciter le débat des deux côtés de la Méditerranée.

Pour Emmanuel Macron, il est ainsi temps de « dire les choses, et de ne céder à aucune simplification ».  « La colonisation a entraîné la négation du peuple algérien (…). Cela a produit une guerre qui n’était pas digne de la France, par-ce-que des actes inhumains, de la barbarie, de la torture ont été commis » a également déclaré l’un des favoris du prochain scrutin présidentiel français, qui estime que la France « doit assumer ses responsabilités ».

« Mes propos n’étaient en rien destinés contre vous, c’était seulement reconnaître une responsabilité de l’État français » a également expliqué Macron.

1 COMMENTAIRE

  1. Voici la lettre que j’ai envoyée au rédaeur en chef du Figaro au sujet de cette affaire.Madame Zohra MAHI
    Avocat
    26, Boulevard Poissonnière
    75009 Paris
    E.mail : zohra-mahi@hotmail.fr Paris le 16 février 2017

    Monsieur Jean Sévillia
    Rédacteur en Chef
    Figaro Magazine

    Monsieur,

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre critique sur FIGARO VOX de la déclaration de Monsieur Macron de passage à Alger au sujet de la colonisation et la guerre d’Algérie.

    Je remarque que vous n’étiez âgé que de dix ans au moment de l’indépendance mais bien sûr, il n’est pas besoin pour un historien aussi éminent que vous, d’avoir vécu l’évènement pour en parler avec talent.

    Cependant, on peut parfois, emporté par la passion ou le chauvinisme ou la simple mauvaise foi, en parler faussement. Cela a malheureusement été votre cas à maintes reprises et selon vous, si des exactions ont eu lieu ce ne sont que des « pages grises ». Un doux euphémisme qui ne résistera pas à l’épreuve des faits comme il sera démontré plus loin.

    Vous donnez la définition du crime contre l’humanité et vous citez les faits constitutifs de ce crime comme étant « l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation ET TOUT AUTRE ACTE INHUMAIN INSPIRES PAR DES MOTIFS POLITIQUES, PHILOSOPHIQUES, RACIAUX OU RELIGIEUX, ET ORGANISES EN EXECUTION D’UN PLAN CONCERTE A L’ENCONTRE D’UN GROUPE DE POPULATION CIVILE »

    Ensuite vous donnez la définition de la colonisation c’est le fait « de peupler un pays de colons, de le transformer en colonie voire nous dit le Petit Robert de procéder à son exploitation afin de le mettre en valeur »

    On comprend de la mise en concurrence de ces deux définitions qu’il ne pouvait pas y avoir crime contre l’humanité en Algérie et que bien plus, la France et le peuple Français ont des raisons fondées d’être fiers de ce passé .

    Et c’est là que réside votre incommensurable mauvaise foi. Saint Augustin fustigeait la mauvaise foi punique, il n’a pas connu la sévillane.

    Les faits constitutifs du crime contre l’humanité et leur qualification juridique

    *L’assassinat ciblé

    En dehors de l’agression du 5 juillet 1830 que pour vous complaire je vais considérer comme une guerre où les armes était équivalentes et la force équilibrée (mais vous et moi savons que ce n’était pas le cas) mais passé, vingt, trente, quarante ans de présence comment expliquez-vous que tous les chefs indigènes (c’est ainsi que la France coloniale nous appelait) qui demandaient des droits pour leur peuple ont été soit assassinés soit ont fait l’objet de tentatives d’assassinats ciblés ?

    Voici la liste non exhaustive de ceux qui ont été assassinés et leurs têtes coupées et envoyés au Musée de l’homme par un précurseur du Docteur Mengele, un certain docteur Vitale installé à Constantine : Mohamed Lemjad Ben Abdelmalek, Si Mokhtar Ben Kouider El Titatroui, Mohamed Bouchoucha, le chérif Bouziane et son fils âgé de dix-huit ans qui était tellement beau que ses bourreaux ont hésité à couper une si belle tête l’ont épargné puis finalement n’ont pas pu résister à leur cruauté naturelle et l’ont tué, Bouziane El Kala’, le corps momifié de Aïssa El Hammadi.

    Ces restes sont toujours au Musée de l’Homme, gardées dans des boites spéciales où elles ne souffrent ni de la chaleur ni du froid, une attention hautement morale qui me fait éprouver en tant qu’Algérienne une reconnaissance éperdue pour la France.

    Lucien de Montagnac le sérial killer qui agissait seul dans son coin, pour se changer les idées noires qui l’assaillaient, « coupait les têtes d’hommes comme on coupait les têtes d’artichauts » selon sa belle formule. On ne connait pas le nombre ni l’identité des victimes de ce triste sire. Vous trouverez cette profession de foi dans ses « Lettres d’un soldat ».

    Ce sont les troupes de l’Emir qui mirent fin aux macabres amusements de ce psychopathe au cours de l’opération de Sidi Brahim en 1845.

    *L’assassinat de masse :

    -La prise du Ksar de Zaatcha a eu lieu en 1849. La population de tout le ksar a été passée au fil de l’épée, hommes femmes enfants, vieillards. Tout a été rasé. Quelqu’un a raconté ce qui s’est passé, je n’arrive pas à me rappeler de son nom.

    -La prise de Laghouat en 1852 a été racontée par Eugène Fromentin dans son livre « Un été au Sahara » et par le Colonel Pein. Je ne reprendrai que le témoignage de Fromentin. Voilà un extrait « Sur deux mille et quelques cent cadavres que l’on releva les jours suivants, plus des deux tiers furent trouvés en ville. On marchait sur du sang, les cadavres empêchaient de passer. On dit que pendant longtemps la ville sentit la mort et je ne suis pas sûr que l’odeur ait entièrement disparu. Quand on eut enfoui tous les morts, il ne resta plus personne dans la ville exceptés les douze cents hommes de la garnison. (…) Les chiens eux-mêmes, épouvantés, privés de leurs maître émigrèrent en masse et ne sont plus revenus »

    *Les enfumades

    Qui a dit que l’idée de la chambre à gaz a jailli un beau jour du cerveau malade d’Hitler ?

    D’autres cerveaux malades, bien après la Déclaration des Droits de l’Homme dans leur pays, et avant les nazis, ont trouvé le bon usage de cette magnifique solution finale.

    C’est le bon père Bugeaud qui a eu cette idée de génie « Enfumez ces misérables comme des renards » disait-il à ses troupes. Et on enfuma à tour de bras : Cavaignac, Pelissier, Saint Arnaud et d’autres encore se firent les exécuteurs de cet ordre criminel.

    Là aussi je ne me permets qu’une seule citation, celle du commandant Christian Robin dans son livre « L’Afrique Française » paru aux éditions Barbier en 1846. Il écrivait ceci au sujet de l’enfumade infligée à la tribu des Ouled Riah par Pélissier :

    « J’ai visité les trois grottes, voilà ce que j’ai vu : A l’entrée gisaient des bœufs, des ânes, des moutons ; leur instinct les avaient conduits à l’ouverture de la grotte pour respirer l’air qui manquait à l’intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras.. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié ainsi que la femme, l’enfant et le bœuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal. Les grottes sont immenses, on a compté 760 cadavres…»

    Le commandant Robin décrit avec beaucoup de réalisme ce qui semble correspondre à une extermination de masse. On ne peut pas le soupçonner de partialité ou d’exagération coupable puisqu’il appartenait à la même armée que Pélissier. On ne sait pas s’il approuvait ou condamnait de telles opérations. Son témoignage est accablant et ce n’est pas une simple « page grise » mais un crime contre l’humanité imprescriptible, tel qu’il est visé par la loi internationale.

    *Les massacres et la politique de la terre brulée pour affamer les populations

    Les massacres et les méthodes infaillibles pour affamer les populations ne sont pas préconisées par n’importe qui mais par le brillant théoricien de la Démocratie dans le Nouveau Monde (mais pas en Algérie) Monsieur de Tocqueville président de la Commission Parlementaire chargée de réfléchir sur la poursuite de la colonisation.

    Tocqueville préconisait l’interdiction du commerce aux indigènes, le ravage du pays et l’expropriation sauvage par tous les moyens et que ce soit à la suite de révoltes ou pas, il fallait que les indigènes soient réduits à la plus extrême pauvreté pour que la primauté du colon sur l’indigène soit totale.

    Le secrétaire de Bugeaud le dénommé Louis Veuillot déclarait dans son livre « La croisade en Algérie » : « Il faut vaincre Mahomet ou exterminer les arabes. Il faut amener ces peuples au christianisme qui seul les rendra français ou accepter la mission sauvage et funeste de les détruire. »

    Il y a bien eu une politique d’extermination d’hommes de femmes et d’enfants et leurs animaux. Peut-on parler de guerre ?

    *Les déportations, les regroupements forcés, la torture

    A la suite de la révolte de 1871 c’est-à-dire 41 ans après l’agression de 1830, des algériens ont été déportés en Nouvelle Calédonie à la suite de procès tellement truqués que jusqu’à ce jour les scellés sont restés secrets et ne peuvent être consultés. Il y a eu trois lois d’amnistie pour les déportés 1879, 1881,1895 et une implication vigoureuse de Victor Hugo et Emile Zola pour le retour des déportés…français. Aucune n’a concerné les Algériens.

    L’un des déportés, Boumezrag El Mokrani n’est revenu en Algérie qu’en Juillet 1905 après 33 ans de bagne et il est mort en 1906 sans avoir reçu l’autorisation de retourner dans sa région natale, la Medjana, qui avait appartenu à sa famille et qui a été totalement accaparée et donnée aux colons qui venaient d’Alsace à raison de 200 hectares chacun.

    Durant la guerre d’Algérie, la torture, cette barbarie que rien ne justifie, était monnaie courante et a été suffisamment dénoncée. Je vous renvoie à « La question » d’Henri Alleg.

    Michel Rocard a dénoncé les camps de regroupements qui n’étaient rien d’autres que des camps de concentration où les gens soumis à toutes sortes de maltraitances mourraient comme on mourait dans le camp d’Auschwitz ou de Sobibor.

    Tout cela est conforme à l’article 46 que vous citez : Il y a bien eu crime contre l’humanité en Algérie de 1830 à 1962, même si le mot « tragique » n’est utilisé dans votre discours qu’à propos de ceux qui sont morts pour la France coloniale : les pieds noirs et les harkis.

    S’agissant de votre définition lénifiante de la colonisation :

    Vous parlez de « peupler un pays ». Mais ce pays était peuplé, c’est Saint-Arnaud qui en témoigne dans sa correspondance à son frère. Voilà ce qu’il écrit en 1845-46 « ….Si l’Afrique (l’Algérie) entière se soulevait comme un seul homme, malgré les bavards qui disent qu’il n’y a pas de population, nous serions bien vite acculés à la mer… » Toujours au même frère : « Je suis venu bivouaquer sur le lieu même du combat d’hier. J’ai commencé à couper de beaux vergers et à bruler de superbes villages sous les yeux de l’ennemi… »

    Le pays était donc habité, il était construit, exploité, mis en valeur et sous les yeux de ses habitants qui existaient aussi, il était saccagé, ravagé, brulé par des ACTES INHUMAINS INSPIRES PAR DES MOTIFS POLITIQUES ORGANISES EN EXECUTION D’UN PLAN CONCERTE A L’ENCONTRE D’UN GROUPE DE POPULATION CIVILE.

    *LES ACTES INHUMAINS

    -Bruler l’habitat des gens et les laisser sans toit
    -couper des vergers avec lesquels ils se nourrissent

    Sont des actes inhumains, vous ne direz pas le contraire sauf si vous persistez dans votre mauvaise foi.

    *INSPIRES PAR DES MOTIFS POLITIQUES

    Saint-Arnaud était en Algérie pour des motifs guerriers et il brulait et saccageait et tuait en application des ordres qu’il recevait de son gouvernement qui a décidé cette politique d’expansion.

    *EN EXECUTION D’UN PLAN CONCERTE

    Saint Arnaud, Pélissier, Cavaignac agissaient en vertu d’un plan concerté fixé par leur armée et leur gouvernement. Il s’agissait d’occuper toute l’Algérie et de spolier tout son peuple de sa terre. Ce plan ressort des écrits de Tocqueville le théoricien de la colonisation. Voici ce qu’il donne comme mission aux militaires à partir de la Chambre :

    « J’ai souvent entendu en France des gens que je respecte mais que je n’approuve pas, trouver injuste qu’on brulât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes des enfants. Ce sont là suivant moi des nécessités fâcheuses mais que tout peuple qui voudra faire la guerre aux arabes sera obligé de se soumettre.(…) Quoi qu’il en soit on peut dire d’une manière générale que toutes les libertés doivent être suspendues en Algérie »

    Les massacres ont eu lieu partout en Algérie mais les plus graves c’est la famine organisée contre les tribus des hauts plateaux cette vaste zone qui va d’est en ouest et qui est semi désertique et se prête à la transhumance et l’élevage d’ovins. Depuis plus d’un millénaire les tribus nomades parcourent ces vastes zones à la recherche de pâturages. Depuis que l’Alfa est devenu la matière première pour faire du beau papier qu’adorait la Reine d’Angleterre, il fallait vider les hauts-plateaux de ses éleveurs. Une famine sans précédent a décimé la population sous l’œil indifférent ou peut-être intéressé pour de mauvaises raisons par les autorités. Des contrats ont été passés avec des sociétés alfatières espagnoles qui se sont livrées à un nettoyage ethniques. Et ce fut la révolte de l’inoubliable Bouamama en 1881.

    Je vous renvoie aux écrits journalistiques de Guy de Maupassant, grand reporter envoyé par le Gaulois en Algérie. Vous y lirez des choses intéressantes sur ces évènements que je n’ai pas envie de détailler tant je suis dégoutée par votre cynisme lorsque vous osez fourrez toutes nos souffrances dans vos « pages grises ».

    Saviez-vous que l’Emir Abdelkader, celui qui n’a en effet jamais été enfant de chœur pour la bonne raison qu’il était musulman, a libéré des prisonniers français parce qu’il ne pouvait plus les nourrir ? La tentation perpétuelle de se décharger de ses crimes pour les imputer à celui d’en face a aussi été utilisée par Massu et sa bande pendant que la gégène marchait à fond dans la villa Susini haut lieu de la passion civilisatrice française.

    Les réussites et les fiertés de la colonisation française.

    Le mot magique « contextualiser » vous permet surtout de dénaturer les faits, ce qui en droit, est de nature à discréditer une décision de justice et à entrainer son annulation. Il en est de même pour votre discours.

    A force de faire les malins, vous et les historiens que vous citez, devenez ridicules. Je n’ai pas besoin d’historiens, puisque je l’ai vécu, pour témoigner que je n’ai pu compter sur un passage dans un lycée que parce que la guerre de libération avait commencé en 1954 et qu’il n’était plus possible de nous fourguer toutes dans un cours complémentaire où on apprenait la couture, le ménage et la cuisine. Même avec ma bourse je devais louer mes bras comme femme de ménage dès l’âge de 13 ans pendant les vacances pour payer le minimum de fournitures. A l’intérieur du Lycée j’étais réduite à la mendicité permanente : un stylo, une double feuille, un cahier et au dortoir, du dentifrice, des serviettes hygiéniques, du champoing.

    Je n’ai pas non plus besoin d’historiens pour savoir que nous étions 9 millions d’Algériens pour un million de pieds noirs et que dans une salle de classe de 30 élèves, nous étions deux élèves algériennes. Ce n’est pas par l’effet d’un simple « retard », c’est une politique définie, mise au point et appliquée selon les recommandations venues du plus haut sommet de l’état français. Voilà le contenu d’un bulletin de l’enseignement des indigènes de l’académie d’Alger n° 174 Octobre 1907 pages 147 et 149 :

    « Il est nécessaire de nous borner à donner aux enfants quelques notions de langage facilitant les transactions en conservant les plus intelligents pour les diriger vers nos écoles primaires ordinaires. A ces derniers, réservons les emplois de chaouch, khodja, de garde champêtres ».

    Je n’ai toujours pas besoin d’historiens pour savoir que mon père est mort d’une diphtérie facilement guérissable grâce à un vaccin si nous avions pu être admis dans un hôpital.

    Vous pouvez en effet être fiers d’avoir élevé des constructions qui vous ressemblent mais c’est après avoir détruit des mosquées, des palais, des maisons de simples particuliers, des écoles par milliers, des centres de rayonnements spirituels à Alger, Bougie, Annaba. Nous ne vous avions pourtant rien demandé et tout ce que vous avez construit c’était pour vous, nous étions étrangers dans notre propre pays.

    Enfin, et contrairement à ce que vous pensez, les Algériens reprochent surtout à leurs gouvernants de ne pas suffisamment les informer sur les atrocités commises par la France pendant la guerre de libération et de se comporter encore comme des supplétifs de ce pays et de son gouvernement et de refuser par exemple d’exiger le retour des têtes des suppliciés Algériens qui sont sans sépulture dans un pays de mécréants.

    Ils reprochent à leur classe politique dans son ensemble de se laisser berner par l’affabilité feinte des membres du gouvernement français, hypocrites et rigolards en Algérie et faisant des bras d’honneur ignobles comme cet ignoble Longuet, lorsqu’ils sont en France.

    Si vous croyez que le pouvoir, quel qu’il soit en Algérie, a pris la peine de construire une « mythologie » vous vous trompez lourdement. L’histoire vécue par les Algériens dans leur chair, se raconte, se transmet et se construit encore dans les familles.

    Enfin, je voudrais vous rappeler à un peu de décence. S’il vous plait, cessez de soutenir par lâcheté que les français d’origine algérienne n‘aiment pas la France à cause d’une prétendue rancune liée à la guerre. C’est vous qui les avez maintenus fermement en marge de votre société, c’est vous qui les haïssez et non l’inverse car c’est vous qui détenez le pouvoir. Vous pensez et agissez à leur égard comme Goering « le droit est notre bon plaisir ». Ils n’ont de droits que ceux que vous leur concédez.

    Votre dernière phrase est de loin celle qui m’a laissée le plus perplexe : « On pourra regarder en face l’histoire de la présence française en Algérie dans sa totalité le jour où l’opprobre ne sera plus jetée par principe sur les européens d’Algérie et les harkis et leurs descendants. »

    Très sincèrement, croyez-vous vraiment que le peuple algérien maintenant libre se préoccupe de la difficulté qu’éprouvent les français à regarder leur passé de colonisateurs en face ? Croyez-vous vraiment que les phrases à la Macron vont nous convaincre que vous avez abandonné votre racisme structurel ou que vous nous avez couverts de bienfaits ?

    Je vous cite un extrait de mon livre « Des intrus dans le jardin du Bey » paru aux éditions « Les points sur les i », page 211 pour vous donner une idée de nos sentiments en juillet 1962 à l’égard des Pieds-noirs ; j’avais 17 ans et demi :

    « …De la promenade du front de mer on les apercevait en files ininterrompues monter dans des bateaux immenses. Ils formaient des tâches claires et mouvantes sur le bitume des quais, comme des lambeaux de cette Algérie française qu’ils avaient incarné et qui se délitait sous nos yeux.
    Est-ce qu’en les voyant ainsi se presser, apeurés et perdus, nous avons eu de la compassion pour eux ? Je ne crois pas. Regroupés en grappes compactes et anonymes, ils constituaient « un bloc de rouama », sans autre qualificatif dévalorisant, ne suscitant ni haine ni intérêt, tout au plus le simple rejet d’un corps étranger.(…) En tant que groupe, leur indifférence leur revenait en boomerang, ils étaient devenus ce que nous avions été pour eux pendant plus d’un siècle : un élément du décor, déshumanisé, dont on peut facilement faire abstraction… »

    Faites comme nous, oubliez votre haine, soyez juste indifférents et tout ira bien.

    Je vous prie de me croire votre bien dévouée.

    Z. MAHI

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